• Darien Bahry

Une absence excusée : le cas de Jonathan Drouin 

Updated: Nov 5

Comme peut-être chaque fan de hockey ou montréalais, j’ai suivi de très près les séries éliminatoires de la LNH qui avaient lieu au début de l’été, vu que les Canadiens de Montréal en ont fait partie. Le CH a battu un de ses rivaux historiques (les Maple Leafs de Toronto) ainsi que les Jets de Winnipeg et les Golden Knights de Vegas avant de s’en aller en final de la Coupe Stanley. Malgré le fait que le CH a perdu face à une équipe 20$ millions au-dessus de sa masse salariale, il y avait un autre aspect saisissant qui avait attiré mon attention. Il s’agit de l’absence de Jonathan Drouin. Effectivement, Jonathan Drouin, le 23 avril dernier, avait pris, à la surprise générale de tout le monde, une pause du hockey et raté tous les matchs des séries éliminatoires. Par ailleurs, Drouin était l’un des attaquants les plus habiles du CH et il jouait souvent sur le premier ou deuxième trio ainsi que sur l’avantage numérique. Finalement, pendant les séries éliminatoires de 2020, Drouin avait récolté 7 points en 10 matchs, ce qui l’a placé à égalité au premier rang des marqueurs des séries éliminatoires pour le CH. Alors, compte tenu de la situation et sa prouesse en tant que joueur, particulièrement lorsqu’il s’agit des séries éliminatoires, la décision de Drouin était une immense surprise pour le monde du hockey et la ville de Montréal.

Dès que Drouin et les Canadiens de Montréal avaient annoncé qu’il allait prendre une pause du hockey, il y avait beaucoup de spéculation venant du monde de hockey par rapport à la raison pour laquelle il a pris la décision de se retirer de l’alignement à un moment crucial de la saison. Pour sa part, Jonathan Drouin n’en a pas parlé beaucoup jusqu’à récemment quand il a donné une entrevue aux médias afin d’éclaircir sa situation. Revenant sur les raisons et les circonstances de la mise en veille de sa carrière, Drouin a expliqué que « tout au long de l’année, j’ai eu des problèmes d’anxiété, des problèmes d’insomnie ». D’ailleurs, Drouin a rajouté que cela faisait plusieurs années qu’il éprouvait ses troubles mentaux, mais la semaine où il a décidé de s’occuper de lui-même en prenant sa pause personnelle, le joueur québécois était également tombé malade et n’avait plus d’énergie physique ou mentale pour jouer. En fait, quand Drouin était tombé malade vers la fin de la saison, il a dit qu’il ne pouvait plus contrôler son corps, et donc il s’est rendu compte qu’il avait besoin de prendre un recul du hockey pour s’occuper de sa santé personnelle.

Une telle situation, c’est-à-dire un joueur qui souffre des problèmes de santé mentale, n’est pas totalement étrangère au monde du hockey. En effet, les athlètes professionnels jouent souvent avec des blessures et il y a parfois une certaine attente que les joueurs soient capables de persévérer malgré ces blessures, ce qui s’applique aussi fréquemment, et à tort, aux blessures psychologiques. Toutefois, les blessures psychologiques sont complètement différentes, car elles sont moins connues des joueurs et il y a une certaine stigmatisation qui les accompagne même aujourd’hui. Par exemple, Drouin a expliqué qu’il ne savait même pas ce qu’était l’anxiété et que c’était difficile d’aller chercher de l’aide, puisqu’il ne reconnaissait pas ses problèmes. Le « spotlight » et les attentes immenses qui pèsent sur les joueurs de hockey seraient probablement aussi une source de stress, empirant l’anxiété ou les autres problèmes psychologiques ressentis par ces athlètes. D’ailleurs, les médias et les fans sont particulièrement impitoyables à Montréal à l’égard des joueurs du CH, tellement qu’il y avait eu des rumeurs que Drouin avait, à tort, des problèmes de drogue ou d’alcool. Bien que tous les fans et médias n’aient pas traité Drouin de cette façon, ce genre de traitement n’aide certainement pas les joueurs qui veulent aller chercher de l’aide pour leurs problèmes de santé mentale, étant donné que cette démarche pourrait potentiellement attirer plus d’ennuis pour le joueur déjà dans une situation précaire. De ce fait, je dirais également que les médias et les fans du hockey se doivent de changer leurs attitudes et leurs attentes envers les joueurs afin que l’atmosphère entourant les joueurs ne soit pas aussi toxique, ce qui pourrait contribuer à la création d’un milieu de travail plus sain pour ces jeunes athlètes.

Jonathan Drouin n’est assurément pas le seul athlète professionnel, que ce soit dans la LNH ou ailleurs, qui souffre actuellement d’une maladie mentale. Il y a quelques années maintenant, le gardien de but Robyn Lehner avait annoncé qu’il avait des problèmes de dépendance reliés à ses troubles de santé mentale. Il avait prononcé des paroles magnifiques lors des NHL Awards quand il a dit « I’m not ashamed to say I’m mentally ill, but that doesn’t mean I’m mentally weak ». Ces paroles incarnent une étape importante pour le hockey, à savoir que les maladies mentales ne doivent plus trainer un stigmate néfaste par rapport à la force ou le caractère de la personne en souffrant. Autrement dit, les maladies mentales ne sont pas du tout un indicateur que la personne est faible mentalement. Par ailleurs, les histoires de Lehner et de Drouin démontrent qu’il faut qu’il y ait plus de ressources pour non seulement ces jeunes professionnels mais aussi pour la société en générale. Les stigmates autour des maladies mentales perdurent toujours et ils devraient être effacés de notre pensée collective par rapport aux blessures psychologiques. Pourtant, il y a eu du progrès, tel que montré par les cas de Drouin et Lehner. Ces jeunes professionnels ont pu aller chercher de l’aide afin de se guérir et leurs organisations (les Canadiens de Montréal pour Drouin et les Islanders de New York pour Lehner à l’époque) les ont aidés dans leurs processus de guérison. En ce qui a trait à Lehner, les Islanders ont mis en œuvre un réseau de soutien pour le gardien, car l’organisation pensait qu’un joueur ne peut pas atteindre ses buts ou dépasser les attentes que l’organisation a pour lui si sa vie personnelle n’est pas dans un bon état. Pour Drouin le fait que l’organisation et ses coéquipiers aussi ont pris la situation au sérieux et l’ont inclus dans l’équipe même s’il n’était pas sur la glace était extrêmement important pour sa santé mentale, et c’est un bon signe aussi pour la culture de hockey. Cependant, il faut reconnaitre que, pour Drouin et Lehner, le combat contre leurs problèmes mentaux ne s’arrêtera pas du jour au lendemain, et la LNH se doit et doit à ses joueurs de continuer à s’améliorer dans le domaine de santé mentale, de sorte que tout joueur se sente à l’aise de prendre les mesures nécessaires s’il en ressent le besoin.

#featured

0 views0 comments

Recent Posts

See All